Les nouvelles de Guéckédou

Les nouvelles de Guéckédou

Partie 2 : Les attaques rebelles Contre Guéckédou de 2000 à 2001.

Au début des années 90, le Libéria et la Sierra Léon, ces deux pays voisins du sud de la Guinée ont connu de très graves crises qui ont fini par éclater en guerres civiles et ont duré de longues années avec pour conséquence le déplacement massif des populations qui, la majorité, se sont dirigés vers la Guinée, plus particulièrement dans sa région forestière. Beaucoup se sont ainsi dirigés vers Guéckédou (la ville et ses sous-préfectures) pour des raisons simples. La première raison est liée au fait que les populations du Liberia et de la Sierra Léone limitrophes des frontières guinéennes sont majoritairement peuples Kissi, les mêmes qu’en Guinée (même dialecte, mêmes coutumes, etc.). Ce qui constitue un avantage pour la barrière de langue. La seconde raison est liée au fait que, durant des années de la révolution, de milliers de kissiens se sont installés dans les mêmes villages de la Sierra Léone et du Libéria qui fuyaient la guerre dans les années 90. Donc pour certains, c’était juste un retour au village après des dizaines d’années.

La Guinée forestière a donc été une base arrière pour les populations fuyant les guerres civiles, mais aussi pour des groupes rebelles comme ULIMO (United Libération Movement) de Aladji KROMAH qui combattait contre Charles TAYLOR et qui avait établi leur base dans la ville de Macenta ; mais aussi les KAMANDJORS, un autre groupe rebelle.

Le Président Libérien d’alors, Charles TAYLOR se plaignait régulièrement des attaques des rebelles venant de la Guinée. Les rebelles de l’ULIMO par exemple quittaient les jeudis à Macenta, entraient au Libéria, pillaient villages, hameaux et tuaient tout sue leur passage et revenaient le lendemain ou le samedi matin avec des frigos, panneaux solaires, motos voitures, meubles etc. bref, à chaque expédition de l’ULIMO, la ville de Macenta devenait une brocante à ciel ouvert et ce, au su et au vu de tout le monde. Moi en ce moment j’était responsable technique de la zone de Macenta au compte de l’ONG PLAN International Guinée, avec base la ville de Macenta. Nous qui y vivions, nous n’avons donc pas été surpris de l’attaque de la ville de Macenta par les rebelles libériens en septembre 2000.

Depuis cette attaque, TAYLOR a compris que l’armée guinéenne n’était pas solide comme qu’on croyait et a décidé de multiplier les attaques répondant ainsi coup pour coup aux attaques des rebelles installées en Guinée.

Ainsi, dans la nuit du 5 au 6 décembre 2000, à 1 heure du matin, les rebelles venus de Libéria ont attaqué la ville de Guéckédou.

Mais l’arrivée de ces rebelles n’avait pas non plus été une surprise. Ils avaient bien annoncé leur arrivée. Mais le Gouvernement guinéen d’alors avait menacé de sanctionner quiconque qui sèmerait la panique au sein de la population en donnant les informations d’éventuelles attaques rebelles sans donner ses sources. Ainsi tout ce qui étaient informés ont préféré prendre leurs clics-et-clacs et quitter la ville sans dire mot. Mais les rumeurs circulaient et le doute a fini par s’installer au sein de la population à l’approche du jour de l’attaque. Tous ceux qui pouvaient partir, tous ceux qui avaient les moyens de quitter la ville ont pris la décision de partir. La majorité (les 90%) n’avait qu’à prier et rester à la maison.

Comme le faisaient les ULIMO à chaque fois qu’ils attaquaient au Libéria, les rebelles qui ont attaqué Guéckédou ont non seulement tué énormément de personnes, mais ont également piller tous les grands magasins de la ville. Pour ainsi transporter leur butin de guerre, les rebelles ont pris en otage tous ceux qui se sont retrouver sur leur chemin. Femmes, jeunes, vieillards tous ceux qui étaient encore capables de prendre même un kilo de bagages ont été pris en otage et sont devenus des transporteurs de butins.

A Guéckédou, à la sortie nord de la ville se trouve le camp militaire, c’est-à-dire à l’opposé des points d’entrée des rebelles. Vers 5 heures du matin, les militaires n’ont pas pris la peine d’avancer dans la ville pour chasser les rebelles ou les tuer. Ils se sont contentés de pilonner la ville avec une pluie d’obus. Aux dires de ceux qui étaient sur place, ces tirs de lance-roquettes et de mortiers ont tué plus que les rebelles.

Ce pilonnage a fini par effrayer tout le monde et pousser les gens à quitter massivement la ville pour aller en brousse et dans les petits villages vers le nord de la ville. La ville de Guéckédou était devenue une ville fantôme. Vidée complétement de ses populations.

Vers la fin du mois de décembre, le gouvernement guinéen d’alors a demandé à la population de retourner et surtout, a demandé la reprise des classes pour les élèves de tout niveau dès le début du mois de janvier 2001.

Ainsi, avec les assurances données par l’Etat guinéen, les populations fatiguées de vivre dans les villages et à la belle étoile, ont sauté sur l’occasion pour rejoindre massivement leurs demeures.

Effectivement, dès le mercredi 3 janvier 2001, les cours ont repris dans les écoles primaires, collèges et lycées. Mais quelques jours après ce retour, les rumeurs ont encore repris. Et, cela n’a pas duré. Le 10 janvier 2001, la ville fut à nouveau attaquée et cette fois avec plus de violence.

Cette fois, les rebelles n’ont pas lésiné sur les moyens de transport de tout ce qu’ils ont ramassé dans la ville. Ils ne se sont pas arrêtés aux magasins et lieux de stocks, mais dans les maisons des riches propriétés qui étaient auparavant soigneusement bien répertoriés. Ils ont tout pris (ou du moins le maximum) et encore une fois ils ont tué, massacré, violé et pris en otage des centaines voire des milliers (diront certains témoignages) de personnes pour le transport des bagages, mais aussi pour se protéger en cas de riposte de l’armée guinéenne. Mais cette fois, la ville fut assiégée plusieurs jours voire semaines.

Cette dernière attaque a sonné le glas de la ville prospère et dynamique qui était Guéckédou. Plus de 50% de la population est partie définitivement en jurant de ne plus revenir à Guéckédou. Beaucoup ont rejoint Conakry la capitale de la Guinée, mais aussi la Kissidougou et aux environs dans les petits villages. D’autres se sont dirigés dans leurs villes d’origines, Labé, Pita, Kankan, Siguiri etc.

C’est ainsi que la ville est devenue un village fantôme, plusieurs maisons et édifices publics détruits. Car, encore une fois, l’armée guinéenne n’a fait que balancer une pluie d’obus sur la ville en restant loin du centre-ville.

Pour ceux-là qui souhaitent lire en détail les informations concernant ces différentes attaques, nous les invitons à lire les récits de Jacques Lewa LENO et de Tamba Zakaria MILLIMOUNO, tous aujourd’hui journalistes et ayant vécu ces attaques de Guéckédou.

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